Trois minutes, une diapositive facultative, un public qui ne connaît rien au sujet, et cette fois un écran entre l’orateur et son auditoire. Le 21 octobre, la finale régionale Asie-Pacifique du concours « Ma thèse en 180 secondes » s’est jouée entièrement en ligne. Ce format offre une leçon d’oral qui dépasse largement le monde de la recherche.
Plan de l'article
Une finale régionale disputée à distance #
Organisée par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), cette deuxième édition régionale réunissait des candidats venus de Chine, de Corée du Sud, d’Inde, du Japon, de Mongolie, de Singapour et du Vietnam, selon le compte rendu publié par Le Courrier du Vietnam. Tous devaient s’exprimer en français, souvent leur deuxième ou troisième langue.
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En ouverture, Nicolas Mainetti, directeur régional Asie-Pacifique de l’AUF, a résumé la difficulté propre au format : « C’est un défi de plus pour nos candidats, qui doivent convaincre à travers un écran. » Il a ajouté que savoir expliquer sa recherche, c’est la rendre utile, pour convaincre un financeur ou éclairer une décision publique.
Trois critères qui valent pour toute prise de parole #
Le jury, présidé par Trân Van Công, responsable du Centre régional francophone pour l’Asie et le Pacifique de l’OIF, a évalué chaque passage sur trois points. Ils forment une grille utile pour quiconque prépare une intervention courte, qu’il s’agisse d’un pitch, d’une présentation en réunion ou d’une prise de parole en conférence.
Le talent d’orateur et l’implication
Le premier critère ne porte pas sur le contenu mais sur la présence. Un jury, comme n’importe quel auditoire, sent très vite si l’orateur croit à ce qu’il raconte. À l’écran, cette implication passe par le regard dirigé vers la caméra, une voix qui varie et une énergie légèrement plus marquée qu’en salle, car la vidéo aplatit les émotions.
La qualité de la vulgarisation
Le deuxième critère est le cœur de l’exercice. Le Courrier du Vietnam note que l’épreuve imposait de sélectionner les informations essentielles, de trouver les mots justes et de capter l’attention sans sacrifier la rigueur. Autrement dit, renoncer à presque tout ce que l’on sait pour ne garder que ce que le public peut retenir.
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La structure de l’exposé
Enfin, le jury jugeait l’architecture du discours. En trois minutes, il n’y a pas de place pour une introduction qui s’étire : une accroche, un problème, une piste de réponse et une chute suffisent. C’est cette ossature, plus que le vocabulaire, qui permet à un public non spécialiste de suivre.
Des titres qui font déjà la moitié du travail #
Les lauréats montrent l’importance de l’image d’entrée. Trân Quang Vinh a remporté le premier prix avec une thèse de chirurgie cardiaque pédiatrique qu’il a rebaptisée « Construire des ponts pour les petits cœurs ». La métaphore rend immédiatement concret un sujet technique, et donne au public un fil à tenir pendant tout l’exposé.
Le troisième prix, Bùi Thi Huong Thao, également de l’Université de médecine de Hanoï, a choisi un titre en forme de ritournelle, « Temps, fougère et moi », pour présenter ses travaux sur un extrait de fougère. Le deuxième prix est revenu à Tsetsegbayar Bayarmagnai, de l’Université nationale de Mongolie, qui travaille sur la coopération francophone en Asie-Pacifique.
Les sujets présentés allaient de l’intelligence artificielle dans l’apprentissage du français aux robots d’assistance conçus avec des personnes aveugles ou malvoyantes, en passant par le tourisme lent chez la génération Z vietnamienne. Autant de thèmes qui n’ont rien d’évident à raconter en trois minutes à des inconnus.
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Ce que l’on peut en retenir pour ses propres interventions #
Le format MT180 est né au Québec en 2012 à l’initiative de l’Acfas, avant de s’étendre à de nombreux pays francophones. En France, il est porté par France Universités et le CNRS, et la finale nationale 2026 s’est tenue à Lille le 28 mai. Sa règle tient tout entière dans son nom.
Cette contrainte de temps oblige à un travail que beaucoup d’orateurs évitent : couper. Pour une présentation d’entreprise ou une intervention en public, s’imposer l’exercice des trois minutes avant de développer est un bon test. Si l’essentiel ne tient pas dans ce temps, c’est souvent que le message n’est pas encore clair pour l’orateur lui-même.
Le passage par l’écran, lui, rappelle qu’une prise de parole à distance se prépare différemment. Il faut cadrer, soigner la lumière et le son, et regarder la caméra plutôt que son propre visage. Il faut aussi accepter de ne pas voir les réactions de la salle. Les trois lauréats régionaux pourront retenter l’expérience lors de la finale internationale, annoncée en ligne pour la mi-décembre 2026, devant un jury d’experts du Conseil scientifique de l’AUF.




