Éloquence du Bégaiement : ce que la finale 2026 à Dauphine apprend à tous ceux qui ont peur de parler

Qui a dit qu’on ne pouvait pas être à la fois bègue et éloquent ? La question ouvre l’annonce de la finale 2026 du concours Éloquence du Bégaiement, programmée le samedi 28 novembre de 14 h à 16 h 30 à l’université Paris Dauphine-PSL, dans l’amphithéâtre Edgar-Faure. En amont, des ateliers de préparation se tiennent cet automne dans plusieurs villes, dont Nancy. Pour tous ceux qui redoutent de prendre la parole, bègues ou non, ce concours est un laboratoire à ciel ouvert.

Un concours pensé pour ceux qu’on n’écoute pas assez #

L’Éloquence du Bégaiement se présente comme le premier concours d’éloquence au monde réservé aux personnes qui bégaient. Il a été créé en 2019 par Mounah Bizri et il est porté par l’association Éloquence de la Différence, qui organise des formations et des concours pour des personnes ayant un handicap de la communication. L’université Dauphine, qui accueille la finale dans le cadre de son programme Dauphine Durable, résume l’esprit de l’événement en trois mots : bienveillance, dépassement de soi et collectif.

Le principe ne change pas d’une édition à l’autre : apprendre à dépasser sa peur de parler devant un public, dans un cadre bienveillant, où le bégaiement n’est pas un obstacle à monter sur scène. L’objectif affiché est aussi de montrer qu’une différence n’est pas une fatalité, et qu’elle peut devenir une source de compétences.

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Des ateliers chaque semaine, jusqu’à la mi-novembre #

La finale n’est que la partie visible. À Nancy, l’association recrute des coachs bénévoles pour des sessions qui ont lieu le mercredi soir, de 19 h 30 à 21 h 30, du 2 octobre au 14 novembre 2026, selon l’annonce publiée sur la plateforme publique JeVeuxAider. Le coaching peut aussi se faire en visio.

L’association y donne quelques repères sur son programme : 250 personnes accompagnées depuis 2019, 200 bénévoles mobilisés, et des finales qui réunissent entre 250 et 500 spectateurs par ville. Le rôle du coach est décrit simplement : partager son avis, avec ses propres mots, sur le texte et sur la forme, c’est-à-dire le langage corporel et les émotions. Aucun prérequis technique n’est demandé, seulement de la bienveillance et de l’empathie.

Ce que le bégaiement révèle de la peur de parler #

Le bégaiement et le bredouillement, appelés troubles de la fluence, touchent environ 1 % de la population, rappelait la Ville de Nantes en présentant l’édition locale du concours. Une orthophoniste de l’association Parole Bégaiement y décrivait le trouble avec l’image de l’iceberg : une partie visible, les mots qui ont du mal à sortir et les tensions du visage ou des mains, et une partie invisible, faite de honte, de frustration, de colère ou d’anxiété.

Cette partie immergée, beaucoup d’orateurs la connaissent sans bégayer. Le cœur qui s’emballe avant une réunion, la crainte du blanc, le réflexe de raccourcir son intervention pour en finir vite : ce sont les mêmes mécanismes d’évitement, à une autre échelle. Les témoignages recueillis à Nantes évoquaient d’ailleurs l’autocensure, le fait de s’empêcher de parler ou d’écarter certains métiers. C’est précisément ce que ces ateliers cherchent à défaire.

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Le fond avant la fluidité

Le premier enseignement de ce concours tient à son existence même : des candidats qui bégaient montent sur scène pour défendre un texte devant des centaines de personnes. Ce qui marque alors, ce n’est pas la diction, c’est le discours construit, la conviction, la présence. Pour qui prépare un oral, c’est une libération : un orateur n’a pas besoin d’être lisse pour être écouté. Une hésitation assumée pèse beaucoup moins qu’un propos creux récité sans accroc.

Le silence comme allié

Les personnes qui bégaient apprennent souvent à habiter les pauses au lieu de les fuir. Une respiration, un regard posé sur la salle, puis la phrase repart. Ce tempo, que beaucoup d’orateurs fluides n’osent pas, donne du poids aux idées. Le public ne perçoit pas une faiblesse : il perçoit quelqu’un qui prend le temps de dire ce qu’il pense.

Le regard des autres, à travailler en groupe

Enfin, le format collectif compte autant que la technique. Préparer un texte, le répéter devant d’autres participants puis recevoir un retour bienveillant chaque semaine, c’est exactement ce qui manque à la plupart des gens qui ont peur de parler en public : un endroit où se tromper sans conséquence. Les ateliers d’Éloquence de la Différence reproduisent ce cadre, du texte au langage corporel.

Une saison d’éloquence bien remplie #

Ce rendez-vous de fin novembre s’inscrit dans une rentrée riche en concours de prise de parole. Le 6 octobre, la huitième finale nationale d’Eloquentia@HEC a réuni près de 900 personnes au Bataclan pour écouter six lycéens de 15 à 18 ans, sélectionnés parmi les 80 participants d’un Summer Camp organisé en juillet sur le campus de l’école. Zeïnabou Niaré, originaire de Jouy-le-Moutier, y a remporté le titre de meilleure oratrice 2026.

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Deux concours très différents, mais une même conviction : la prise de parole s’apprend, se travaille et se partage. Celui de Dauphine y ajoute une leçon que chacun peut garder pour sa prochaine présentation : la voix n’a pas besoin d’être parfaite pour porter un message.

Comment y assister ou s’impliquer #

La finale du 28 novembre est ouverte au public sur inscription, depuis la page de l’événement sur le site de Dauphine. Pour ceux qui veulent aller plus loin, les missions de coaching de l’association sont publiées sur JeVeuxAider : un bon moyen, aussi, de travailler sa propre écoute, première qualité d’un bon orateur.

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