À Angoulême, les étudiants qui redoutent de prendre la parole vont pouvoir s’entraîner gratuitement tout l’hiver. Le Sccuc (Services et culture des campus universitaires de la Charente) lance une formation à l’art oratoire ouverte à tous les étudiants post-bac du territoire, annoncée par Charente Libre le 26 octobre. Le programme est découpé en deux niveaux : l’un travaille la force de conviction, l’autre la gestion du stress.
Ce découpage rejoint ce que vivent beaucoup d’orateurs débutants. Le trac et l’argumentation sont deux problèmes différents, et ils se travaillent mieux séparément.
Plan de l'article
Un programme en deux temps, chaque mardi soir #
Neuf séances sont prévues les mardis, du 10 novembre au 19 janvier, à l’École Émile-Cohl, rue du Gond. Les ateliers sont animés par Alexis Charrier, que le quotidien charentais présente comme un musicien international habitué de la scène et maître de kung-fu. L’objectif annoncé est d’apprendre à structurer son argumentation, à maîtriser sa voix et à s’exprimer avec authenticité.
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Niveau 1 : la performance éloquence
Le premier créneau, de 18 h à 19 h 30, s’adresse aux jeunes qui préparent un concours, une épreuve ou les Battles Campus de l’association. Il vise trois compétences : l’impact, la force de conviction et la capacité d’improvisation. C’est un public qui a déjà une échéance précise et qui veut gagner en efficacité.
Niveau 2 : apprivoiser le stress
Le second créneau, de 19 h 30 à 20 h 30, porte sur la gestion du stress. Il passe par des mises en situation et des techniques de préparation mentale, avec un objectif : réguler ses émotions pour garder une présence sereine devant un auditoire, même sous forte pression. Les inscriptions se font au préalable par courriel auprès du Sccuc.
Pourquoi séparer la conviction et le trac #
Beaucoup de formations à la prise de parole traitent tout en même temps : plan, voix, regard, gestes, émotions. Pour une personne très anxieuse, cette avalanche de consignes peut ajouter de la pression au lieu d’en retirer. Quand le cœur s’emballe, le cerveau n’a plus la disponibilité nécessaire pour penser à la structure de son propos.
Le choix angoumoisin pose une question utile à tous ceux qui préparent un oral. Votre difficulté principale vient-elle de ce que vous dites, ou de l’état dans lequel vous le dites ? Un étudiant qui sait argumenter mais perd ses moyens devant un jury n’a pas besoin des mêmes exercices que celui qui reste calme mais se perd dans ses idées.
Ce que travaille un atelier d’éloquence
Dans un atelier orienté performance, on s’exerce surtout à construire un propos qui tient debout : une idée forte, quelques arguments hiérarchisés, une chute qui marque. L’improvisation y occupe une place importante, car un orateur doit savoir rebondir sur une question imprévue ou sur un sujet tiré au sort. C’est le format des concours d’éloquence, où les candidats découvrent parfois leur sujet peu de temps avant de parler.
Ce que travaille un atelier de gestion du stress
Côté stress, les mises en situation répétées sont la clé. Parler plusieurs fois devant un petit groupe bienveillant habitue le corps à la situation. La préparation mentale complète ce travail : routines avant de monter sur scène, respiration, visualisation du début du discours. Le but n’est pas de faire disparaître le trac, mais de pouvoir parler avec lui.
Un territoire qui cultive déjà la joute oratoire #
Cette formation s’inscrit dans un écosystème local actif. Sur sa page consacrée au concours d’éloquence, le Sccuc explique que le Campus des Valois et le Barreau de la Charente organisent depuis bientôt dix ans un concours destiné aux étudiants en droit. L’association en accompagne la communication et le financement, et propose une préparation aux candidats. Sa devise : « On ne naît pas grand orateur, on le devient ! »
La finale 2026 s’est tenue le 16 mars au tribunal judiciaire d’Angoulême, sous forme de face-à-face. Deux étudiants défendaient chaque fois une thèse opposée sur des sujets comme « Thémis doit-elle recouvrer la vue ? » ou « La désobéissance est-elle civile ? ». Marie-Oihana Jardot, étudiante en première année, l’a emporté. Le format oblige à défendre une position qu’on n’a pas forcément choisie, un exercice qui développe la souplesse d’esprit.
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L’association organise aussi les Battle Campus, une soirée annuelle où les étudiants concourent dans plusieurs catégories, artistiques ou citoyennes. La dernière édition a eu lieu le 13 mai 2026 à l’espace Franquin. Les ateliers d’hiver servent donc aussi de rampe de lancement pour ceux qui voudront se présenter sur scène au printemps.
Ce que vous pouvez reprendre chez vous #
Même sans atelier à proximité, la logique en deux temps se transpose facilement. Commencez par identifier votre point faible. Si c’est le fond, entraînez-vous à résumer une idée en une phrase, puis à la défendre avec deux arguments et un exemple, à voix haute et chronométré. Si c’est le stress, multipliez les petites prises de parole à faible enjeu : une question posée en réunion, une courte présentation devant des proches, un message vocal enregistré et réécouté.
Dans les deux cas, la régularité compte plus que l’intensité. Neuf séances réparties de novembre à janvier, comme à Angoulême, valent mieux qu’une journée intensive la veille d’un oral. La voix, la posture et la gestion des émotions se construisent par répétition, séance après séance.
Enfin, cherchez un cadre où l’erreur est permise. C’est sans doute le principal atout d’un atelier gratuit entre étudiants : on peut s’y tromper, recommencer et progresser sans enjeu de note ni de carrière. C’est dans ces conditions que la parole se libère, avant d’être mise à l’épreuve devant un jury.
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