Kalama : à Dakar, une finale d’éloquence franco-sénégalaise en pleine semaine des JOJ

Jeudi 5 novembre, à 19 h, dix jeunes venus du Sénégal et de France monteront sur la scène du Théâtre national Daniel-Sorano, à Dakar, pour la finale de Kalama. Ce concours de prise de parole, porté par Eloquentia et le Groupe AFD, tombe en pleine semaine des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Au-delà de l’événement, son format dit beaucoup de la manière dont on apprend à parler en public, et à défendre une idée qui n’est pas forcément la sienne.

Kalama, un programme gratuit pour les 18-30 ans #

Kalama est un programme franco-sénégalais gratuit, ouvert aux jeunes de 18 à 30 ans. Selon le quotidien sénégalais Le Soleil, il fait de l’expression orale un outil d’engagement citoyen. Le journal le résume en une formule : « Plus qu’un concours, Kalama se veut une école de la parole et un pont entre deux rives. »

Le programme est porté par Eloquentia, l’association connue en France pour ses concours d’éloquence et ses formations à la prise de parole, et par le Groupe AFD (Agence française de développement). Les 4 et 5 novembre, une « semaine Kalama » s’installe à Dakar avec un festival, puis la grande finale.

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Dix mois de préparation avant la scène #

Ce qui frappe, c’est la durée du parcours. La sélection a commencé en janvier 2026. Cinquante jeunes ont ensuite suivi une formation en ligne en mars et avril. En mai, dix finalistes, Sénégalais et Français, ont été retenus. En août, ils se sont retrouvés pour un campus commun de 30 heures de formation intensive, suivi d’une rencontre à l’AFD à Paris.

Pour qui travaille sa prise de parole, ce calendrier rappelle une évidence souvent oubliée : l’aisance à l’oral ne s’improvise pas la veille. Elle se construit par étapes, d’abord à distance, puis en groupe, et enfin face à un public. Les finalistes de Kalama n’arrivent pas sur scène avec un simple texte appris, mais avec des mois d’exercices, de retours et de répétitions.

Un format qui oblige à argumenter dans les deux sens #

La finale prend la forme de débats. Les dix finalistes s’affrontent en cinq binômes franco-sénégalais, rapporte Lepetitjournal.com. Pour chaque sujet, l’un défend le pour, l’autre le contre, devant le public et un jury de personnalités sénégalaises et françaises.

Les thèmes retenus sont liés aux valeurs du sport : l’égalité, l’inclusion, la protection de l’environnement et la rencontre des peuples. La Sénégalaise Irène Mendy, 22 ans, stagiaire au Soleil, affrontera ainsi Kadiatou Tounkara sur la question « Le sport est-il apolitique ? ».

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Pourquoi défendre une position imposée est un bon exercice

Ce dispositif du pour et du contre est l’un des plus formateurs qui soient. Quand on ne choisit pas son camp, on ne peut pas s’appuyer sur sa seule conviction. Il faut construire un raisonnement, anticiper les objections de l’adversaire et trouver des exemples qui parlent au public. C’est exactement ce qu’on attend d’un orateur en réunion, en soutenance ou lors d’un entretien : convaincre avec des arguments, pas seulement avec de l’enthousiasme.

L’exercice apprend aussi l’écoute. Dans un débat en binôme, on répond à ce que l’autre vient de dire. Le discours préparé doit donc laisser de la place à l’adaptation. Cette souplesse, qui fait la différence entre réciter et parler, se travaille justement par ce type de joute.

La parole comme pont entre deux pays #

Le choix de binômes mêlant un candidat sénégalais et un candidat français n’est pas anodin. Il oblige chacun à s’adresser à un public qui ne partage pas toutes ses références. Les exemples, l’humour, les images doivent fonctionner pour les deux rives. C’est une bonne école pour tous ceux qui prennent la parole devant des publics variés : on vérifie que ce qui semble évident pour soi l’est aussi pour l’auditoire.

Le calendrier ajoute une dimension symbolique. En plaçant la finale pendant la semaine des JOJ Dakar 2026, les organisateurs relient l’art oratoire au sport : la préparation, la gestion du trac, le respect de l’adversaire et la performance devant un public se retrouvent dans les deux disciplines.

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Ce que chacun peut en retenir pour ses propres prises de parole #

Inutile de viser une scène de théâtre pour profiter de l’exemple de Kalama. Trois leçons se dégagent du parcours des finalistes.

D’abord, la progression : commencer petit, à distance ou devant quelques personnes, avant d’affronter un grand auditoire. Ensuite, l’entraînement contradictoire : s’exercer à défendre l’avis opposé au sien permet de mieux connaître ses propres arguments et de répondre calmement aux objections. Enfin, le collectif : les finalistes ont travaillé ensemble, au sein d’un campus commun. Les retours des autres restent l’un des moyens les plus rapides de progresser à l’oral.

La finale doit être diffusée en direct sur YouTube, à 20 h heure de Paris selon les organisateurs. Pour qui s’intéresse à l’art de convaincre, c’est l’occasion d’observer comment de jeunes orateurs, formés pendant des mois, transforment une question simple en vrai débat.

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