Le samedi 14 novembre 2026, le Mémorial du camp de Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, accueille la deuxième édition du concours d’éloquence Robert Badinter, intitulée « Au service d’une mémoire européenne ». Le concours est organisé avec l’Union des Jeunes Avocats des Pyrénées-Orientales. Comme le détaille L’Indépendant, il s’ouvre cette année aux jeunes avocats du barreau de Catalogne Sud et prend donc une dimension transfrontalière.
Pour qui travaille sa prise de parole, ce type de rendez-vous est une bonne occasion d’observer comment des orateurs entraînés construisent un propos sur des valeurs, sans tomber dans le grandiloquent.
Plan de l'article
Une journée pensée autour des droits humains #
Le programme publié par le quotidien commence à 14 h par une table ronde sur « La place des juridictions européennes dans la protection des droits humains ». Elle réunit Charles Tamazount, président du jury, et Najat Vallaud-Belkacem, vice-présidente du jury. Le concours lui-même démarre à 16 h, et les jeunes plaideurs s’affrontent jusqu’à 18 h 30. Pendant les délibérations, le public peut visiter la nouvelle exposition du Mémorial. La remise des prix est prévue à 19 h 30.
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Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Robert Badinter était le parrain du Mémorial, qui lui a rendu hommage le 8 octobre dernier lors d’une lecture du comédien Denis Lavant, inscrite à sa programmation. Le concours prolonge cet héritage avec un thème clair, les libertés fondamentales, abordé dans un lieu de mémoire.
L’entrée est libre, mais la réservation est obligatoire car le nombre de places est limité.
Ce qu’un concours d’avocats apprend à tous les orateurs #
Les concours d’éloquence du barreau ont leurs codes, mais la plupart des réflexes qu’on y voit s’appliquent à une soutenance, à une réunion d’équipe ou à un oral d’embauche.
Partir d’une conviction, pas d’un effet
Un sujet comme la protection des droits humains pousse naturellement vers les grandes phrases. Les meilleurs plaideurs font l’inverse : ils choisissent une idée centrale et la tiennent du début à la fin. Le public retient une thèse défendue avec constance bien mieux qu’une suite de formules brillantes sans fil conducteur.
Le temps limité oblige à couper
Un passage chronométré interdit les digressions. C’est une discipline utile pour n’importe quelle intervention : écrire son propos, puis retirer tout ce qui n’aide pas l’auditoire à suivre l’argument principal. Ce qui reste est presque toujours plus fort.
Parler devant ceux qui jugent
Un concours place l’orateur face à un jury qui évalue autant le fond que la manière. C’est une bonne répétition de toutes les situations où l’on parle devant des personnes qui décident : un comité, un client, un recruteur. On y apprend à regarder la salle, à poser sa voix et à accepter les silences au lieu de les remplir.
S’exprimer dans un cadre plurilingue
L’ouverture aux avocats de Catalogne Sud ajoute une difficulté que beaucoup rencontrent en entreprise : se faire comprendre d’un public qui ne partage pas tout à fait les mêmes références. Phrases plus courtes, exemples concrets, structure annoncée dès le départ : ce qui aide un auditoire transfrontalier aide en réalité tous les auditoires.
La parole comme compétence, au tribunal comme à l’emploi #
Rivesaltes n’est pas un cas isolé : l’oral s’invite de plus en plus là où on ne l’attend pas. À Dijon, Le Bien Public rapporte que onze candidats à l’emploi sont montés sur la scène de La Vapeur le lundi 2 novembre. Sans CV ni lettre de motivation, ils ont raconté leur parcours en slam devant des recruteurs invités par les agences France Travail Nord et Ouest.
Le plaidoyer d’un jeune avocat et le texte rythmé d’un demandeur d’emploi ont le même ressort : dire qui l’on est et ce que l’on défend, en peu de temps, devant des personnes qui écoutent pour décider.
Comment en tirer parti pour sa propre pratique #
Si vous êtes dans la région, assister à la finale reste le meilleur exercice. Observer des orateurs en situation réelle apprend plus qu’une vidéo de conseils. Prenez des notes sur trois points simples : comment chaque candidat ouvre son propos, où il place son argument le plus fort, et comment il conclut.
Sinon, l’exercice se transpose chez soi. Choisissez un sujet qui vous tient à cœur, donnez-vous quelques minutes, enregistrez-vous et réécoutez-vous en vous demandant si une personne extérieure pourrait résumer votre idée en une phrase. Si ce n’est pas le cas, c’est le propos qu’il faut retravailler, pas la diction.
L’éloquence n’a rien d’un don réservé aux robes noires. Les concours comme celui de Rivesaltes rappellent qu’elle se travaille : une idée claire, une structure solide et le courage de la défendre à voix haute.




